...est dans notre cerveau ....avant de donner ce bouquin à une  amie , je l'ai relu et noté quelques passages intéressants

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 « La source du bonheur est dans notre cerveau  »
Christian Boiron

P.13

"Pour une définition scientifique du bonheur.

Voici en synthèse ma proposition :

Le bonheur est un état psychophysiologique qui caractérise le bon fonctionnement de l’organisme ; il travaille en particulier l’harmonie entre les deux parties du cerveau dotées d’un pouvoir de décision : le limbique et le néocortex ou en d’autres termes , le cerveau des automatismes et celui de la réflexion personnelle ….le bonheur est indépendant du plaisir et de la souffrance (physique ) de l’amour de la considération ou de l’admiration des autres .

Le bonheur entraîne l’épanouissement de l’individu qui devient alors une source de rayonnement pour le groupe social (famille ,association, entreprise )dans lequel il est inséré , et dont il renforce ainsi la cohésion et l’harmonie .le bonheur de l’individu  nourrit le groupe ce qui n’est pas le cas du plaisir ."

Image6

p 131

…« Savoir accepter sa propre  imperfection comme un don du ciel et non pas comme une tare ,déceler ce que ces soi-disant imperfections  cachent comme qualités de cœur, comme souffrance muette et comme tentatives de progrès personnel.
  Savoir accepter que l’espèce humaine repose sur l’imperfection et donc que le culte de  la perfection repose sur une dérive limbique que l’intelligence ne peut pas cautionner .Le progrès systématique fondé sur l’exploitation des erreurs fait partie du programme  du génome humain et du programme de l’espèce humaine .Vouloir faire plus et mieux est voué à l’échec .
le fanatisme tue à la fois le bonheur , le sien et celui des autres , et l’amour . »



P 139
Mettre de l’art en toutes choses


L’art a longtemps été considéré comme devant représenter l’expression du «  beau ».
Aujourd’hui , on sort peu à peu de cette définition , découvrant que le beau n’est pas absolu mais relatif , relatif à une personne et à une époque .
l’art a en effet considérablement évolué dans notre histoire .
Après l’art  « reptilien » ou ludique (spontané , venu du fond de soi , non hiérarchisé ), s’est développé lart« limbique» qui représentait et organisait une hiérarchie dans le domaine de l’esthétique , c’est à dire le culte de la forme , du "look "  , académie à laquelle chacun devait se soumettre , artistes ,étudiants ,consommateurs .
Aujourd’hui cette tendance persiste , bien sûr , mais elle commence à être dépassée par une autre tendance , l’art «  néocortical »qui rend à l’individu sa liberté de goûter ou non telle peinture , telle sculpture ,telle littérature , et l’offre devient chaque jour plus diversifiée .
Et de plus , la recherche du beau s’estompe peu à peu derrière une autre recherche de créativité , de force émotionnelle , de décalage culturel  , d’illustration de la réalité sociale .d’exploration des potentialités de l’homme et de la technologie .L’art s’est progressivement investi d’une nouvelle mission, celle d’accompagner et de faciliter l’épanouissement des hommes en mettant en évidence  les croyances et les blocages de notre société .
L’étude et la contemplation de ces nouvelles œuvres d’art facilitent l’accès au bonheur en favorisant la prise de contact avec ses rigidités et avec ses peurs .Plus rien n’arrête l’artiste dans sa provocation , ni les mélanges audacieux de forme , de couleurs ou de matières, ni les pieds de nez à une certaine rationalité ,tout est occasion pour « déranger»  , mettre en évidence les résistances ,les impostures , les hypocrisies , les contradictions de notre société .


Une confrontation avec de telles œuvres (à condition de dépasser ses réactions de dégoût de rejet , de mépris , de peur , d’agacement ..) permet en fait de se confronter avec ses propres blocages , ses "hypos ", et donc de se doter de pistes pour son bonheur .
La contemplation active des œuvres des autres correspond déjà à un certain travail .Mais l’activité artistique personnelle permet encore mieux d’exprimer le fond  de soi-même , en apprenant à distinguer les images néocorticales  et les images limbiques ,celles qui émanent de sa personnalité spécifique et celles qui sont le produit de l’influence conditionnante de l’environnement et de l’histoire .
-Lorsqu’on reproduit une image limbique, un standard classique , on a un sentiment de travail bien fait , de sécurité , de douceur ,d’apaisement (l’ exemple type est le coloriage selon modèle que l’on propose aux jeunes enfants ) ; il s’agit de la reproduction type d’une image mémorisée , on peut retrouver la même sensation en musique ou dans d’autres domaines de l’expression artistique .
-    Lorsqu’on parvient à exprimer une image néocorticale , la sensation est différente : il y a d’abord une certaine souffrance , plus ou moins grande selon les résistances à vaincre (ce qui amène certains artistes à utiliser des drogues plus ou moins douces pour se désinhiber , c’est à dire pour faciliter cet " accouchement  "en levant les barrages des conditionnements)et puis tout de suite après , une sorte d’orgasme , une sensation de liberté , de puissance incroyable , un plaisir très intense qui peut durer assez longtemps en contemplant le produit de « sa chair» .Il y a vraiment création .
Pour créer , il ne faut pas se forcer, la création est un processus naturel ,  biologique  .Ce qu’il faut,  c’est lever les blocages qui freinent le processus ou qui le paralysent .Pour bien mesurer ces blocages , et ensuite pouvoir les supprimer , il n’y a rien de tel que de se mettre face à une toile blanche avec des pinceaux .


Voici le type de commentaires stérilisants que le cerveau limbique  distille à la conscience , avec quelques réponses que le néocortex pourrait faire :


limbique :  «  je ne sais pas faire » «  je n’ai pas appris » «  je ne suis pas compétent(e) »
 
néocortex : l’« art n’est pas de la compétence , ni de la technique , c’est l’expression de sa personnalité , de sa faiblesse ou de sa force ; le seul apprentissage , c’est l’expérience , qui permet de s’habituer à mettre son âme à nu .Il n’est pas nécessaire de savoir jouer du piano , on peut inventer sa propre façon de l’utiliser  .Il n’est pas nécessaire de savoir peindre pour s’exprimer dans la peinture .La compétence technique mène au développement du plaisir , l’expression de soi mène au bonheur .Le plaisir de savoir ou de connaître est bien inférieur au bonheur d’être et de découvrir par soi même les dédales de la relation unique et créatrice entre soi et l’art .
l’art est un révélateur , un guide , un maître , un ami »


limbique : «  ce que je fais est nul… »  «qui va pouvoir me dire si  ce que je fais vaut quelque chose ou non » etc…
néocortex
: « l’art n’admet aucune référence , aucun classement , aucune hiérarchie ,aucun jugement ; l’artiste pour être lui même doit totalement se défaire de ces pratiques grégaires , courantes non dans l’art mais dans la marché de l’art, ce qui est une tout autre affaire  » .

le seul paramètre a considérer c’est la justesse de l’œuvre , sa cohérence , sa vibration harmonique avec l’artiste au moment de sa « fabrication  » .
Le travail de l’artiste c’est de chercher à être juste , c’est à dire en ligne avec soi même. »

-limbique : « je n’ai pas assez de temps pour faire quelque chose de cohérent »
 « je perds mon temps»
-néocortex : l’art n’a rien à voir avec le temps mais avec l’envie d’exprimer quelque chose .Il suffit de ressentir cette envie , ce besoin , comme une pulsion profonde et en faire un exercice du bonheur , lui consacrer un peu de temps .Comme pour une méditation ou une rencontre , le temps n’est pas un facteur essentiel . »

La pratique de l’art , de tous les arts , est un excellent entraînement pour repérer et supprimer les commentaires que le cerveau limbique a mémorisés depuis l’enfance par souci grégaire d’être accepté par le groupe .Ces mêmes commentaires qui peuvent empêcher de peindre un tableau ou de faire du piano , ce qui n’est pas forcément grave en soi , empêchent de la même façon l’individu d’exprimer sa personnalité dans toutes les autres circonstances de la vie , dans toutes les autres activités , professionnelles , ludiques , scientifiques , car toutes ces activités ont une dimension artistique qui traduit l’implication personnelle spécifique de l’individu , son authenticité , sa « touche personnelle» .


Au delà des arts , l’art est avant tout une façon de vivre sa vie avec l’authenticité qui renforce et fait rayonner la personnalité et le dilettantisme qui lève la dramatisation et l’anxiété .Il peut y avoir de l’art dans la relation amoureuse ou dans le marketing , dans la médecine ou dans la construction mécanique , dans la recherche ou dans le ménage , dans l’éducation ou dans le sport , bref , l’art peut se manifester partout .Il apporte cette touche de fantaisie et d’inutilité qui donne du relief à l’existence , du sel à la vie , il évite de se prendre trop au sérieux et de sombrer dans un utilitarisme forcené .Et surtout , l’art est un véritable gardien de l’intelligence et du bonheur car il déjoue de nombreux pièges limbiques : pour l’art , pas de comparaison , pas de hiérarchie , pas de lutte de pouvoir , pas de vérité , rien n’est jamais acquis , tout est un recommencement ,chaque page est aussi nouvelle et aussi blanche à chaque fois , pas de temps, pas de délai ,pas de loi, pas de règle ,pas de norme .

P 180

 

C’est paradoxalement le développement de l’intelligence néocorticale , c’est à dire de la personnalité , qui est à l’origine des grandes souffrances des adolescents ; résultat du conflit entre les pensées automatiques , grégaires ou programmées par l’éducation , et la réflexion personnelle naissante .Enfant , l’individu va tout faire pour ressembler à quelqu’un et se faire accepter par le groupe ; le passage à l’âge adulte , le chemin vers le bonheur , c’est quand il accepte peu à peu de « n’être que» lui même .Quand il se rebelle en fait contre les programmes que la société lui a  « imposés » .Le néocortex doit fournir un travail considérable de réévaluation qui provoque une tempête plus ou moins forte et plus ou moins longue selon la personnalité de l’adolescent et la rigidité des conditionnements qu’on lui a transmis depuis sa naissance  .


Peut on en tant que parent ou éducateurs , faciliter ce passage entre la recherche du plaisir reptilien et limbique et la recherche du bonheur néocorticale ? Peut on programmer la préparation au bonheur dans  le dressage éducatif ?

Oui nous pouvons apprendre le bonheur aux enfants ….en leur expliquant comment ça fonctionne ….L’éducation ne peut pas avoir pour ambition ni pour objet de remplacer l’expérience personnelle , mais de faciliter son interprétation et d’optimiser son intégration .

«Bien élever » son enfant , c’est nourrir (on pourrait dire charger, comme en informatique ) son cerveau limbique avec de « bons » programmes , c’est à dire des programmes qui laissent toujours la place à une possible remise en cause ultérieure par son propre raisonnement ……de même que les parents qui lui enseignent la «  bonne façon » de se comporter lui précisent qu’il s’agit de leur  croyance , de leur conception de la vie , qui elle même est constituée des croyances de leurs parents et de celles qu’ils ont eux mêmes ajoutées et transformées , Elsa (nom pour l’enfant ) passera une meilleure adolescence  , plus courte et moins mouvementée .Elle aura été préparée à la mise en cause de toutes ses connaissances .

Au delà de la famille et à ses côtés ,en cohérence , l’école a un rôle essentiel dans le chemin de l’enfant vers le bonheur .Plutôt que de chercher à gaver son cerveau de données quantitativement excessives et généralement sous une forme qui rebuterait n’importe quel adulte , l’école pourrait viser à nourrir les trois cerveaux de façon cohérente et équilibrée .

  • Pour le cerveau reptilien les activités physiques indispensables et malheureusement terriblement sous dimensionnées en France .Et il n’y a pas que la gymnastique : le repos fait partie intégrante du respect de son corps .La découverte de la sensorialité également , avec ,entre autres, la musique et le théâtre .la gymnastique douce et pas seulement le sport défoulement qui représente trop souvent l’essentiel de l’activité physique .Les enfants auraient moins besoin de se défouler sauvagement dans la cour de recréation si on ne les poussait pas à bout dans un système de  « bourrage de crâne » parfaitement excessif .
  • Pour le cerveau limbique , il faut les meilleurs programmes scolaires …et ajouter le fonctionnement du cerveau , sa biologie et surtout sa psychologie , pour permettre à l’enfant d’exploiter au mieux les merveilleuses possibilités de ce cerveau .
  • -et enfin pour nourrir et renforcer le néocortex , il faut dispenser les matières scolaires selon un  mode qui favorise l’épanouissement de la personnalité au lieu de la masquer .on doit  répondre aux besoins de l’élève plutôt qu’à ceux du programme ; prendre le temps d’approfondir chacune des matières au rythme de l’élève et non pas au rythme de la classe ; mettre en oeuvre une grande part de jeux et d’interactivité , ce qui redonnera une meilleure place au plaisir d’apprendre et renforcera ainsi l’efficacité du système ; relâcher la dramatique pression de compétition alimentée par le chantage au chômage(« Travaille ou tu seras chômeur »)qui alimente le stress et marginalise la majorité des enfants , au seul profit des 10 ou 15 % de gagneurs que le système actuel sélectionne….

Préparer un enfant au bonheur    , c’est le former à l’écoute de soi , c’est lui apprendre à s’aimer pour ce qu’il est réellement et qu’il va peu à peu découvrir ; c’est lui apprendre à aimer la vie , non pas seulement pour les plaisirs qu’elle donne mais aussi et surtout pour le bonheur d’être .Il y a un très gros effort à faire aujourd’hui pour restaurer un juste niveau de confiance entre les individus …l’enfant a encore plus besoin de confiance que d’amour …l’amour essentiel dont l’enfant a besoin est « l’amour confiance » l’amour confiance que les parents peuvent donner à leurs enfants est au moins aussi important que « l’amour protection » .L’amour protection permet à l’enfant de  développer sans trop de risques des expériences qui lui apprennent à vivre et l’amour confiance lui permet de trouver la motivation nécessaire pour passer peu à peu de l’imitation de modèles connus et rassurants à la découverte merveilleuse de soi même …..et avant tout chose , ce que nous  pouvons faire de mieux pour nos enfant , c’est apprendre le bonheur pour nous mêmes : notre exemple les rassurera et nous serons mieux à même d’accepter leurs souffrances inévitables, de les aider à les gérer , puis à les éviter .Devenons heureux nous mêmes  ,c’est le plus beau cadeau que nous puissions faire à nos enfants .»