Catherine  Kelly a un grand amour pour son mari ...ou du moins elle le croit .
En épouse" moderne " dont le modèle original a été édité en mai 68, elle a
, pendant 25 ans  ,fermé  les yeux sur le comportement  infidèle de Francis ....

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 ....jusqu'au jour où Francis lui jette sans préambule la question fatale :
" divorce ou séparation ? qu'est ce que tu préfères ?"

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 C'est une histoire complexe , tellement vraie que , même si nous n'avons pas personnellement vécu ce drame de la séparation , nous pouvons parfois nous retrouver dans les méandres de cette analyse .
En fait ,l'histoire commence dans la cour de l’école ...Catherine , la "loucheuse" /première de la classe est souvent la petite victime d'un jeu cruel : "Je ne sais pas laquelle aimer des deux ...c'est à X qu'ira le préférence et c'est Catherine qui recevra les 100 coups de bâton ".
Dans une autre cour d’école , Francis,le petit rouquin est lui aussi rejeté à cause de la couleur de ses cheveux , cette merveilleuse couleur rouge qui lui vaudra , plus tard ,tant de succès auprès des femmes et que Catherine va adorer .
Malheureusement ,ils resteront toujours dans la cour de l’école ....Catherine se croira longtemps "la préférée "et fermera les yeux sur le comportement de séducteur sadique de son mari .Francis va bien aider Catherine à "décoller", mais la "confiance en soi "de Catherine est un tonneau percé qui ne se comble jamais .En réalité ,il va seulement l'aider à coller de belles étiquettes en façade: prof de fac , écrivain reconnu(e) ....Bref ,ils construisent une maison en carton pâte ,décor de cette scène de théâtre où ils rejouent continuellement leur rôle respectif ... jusqu'au jour où Francis rencontre une "vraie femme ", celle qui fait peut-être des fautes d'orthographe , mais qui ne JOUE pas  ,celle qui LE voit ,L'admire ,et qui est capable de se rebeller ....
Le résultat est une formidable thérapie pour Catherine .Elle peut enfin faire le deuil de ce qui a été , et commencer à vivre ...

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FC

"Je suis en deuil .En deuil de mon mari vivant .
J'avais commencé à porter du noir il y a longtemps : deux ans avant nos noces d'argent .Septembre , octobre , c'est une bonne saison pour le deuil ; on a du choix dans les boutiques , on peut entrer dans le veuvage insensiblement - en suivant la mode .Une petite jupe , un tailleur ; puis toutes les jupes , tous les tailleurs .
Depuis quelques mois , les vêtements tristes m'allaient bien , c'est tout .Quant aux bijoux, je n'en aimais plus qu'un : la perle noire que mon mari m'avait donnée pour mes quarante ans ."Quand  même " ,m'ont dit mes fils un jour où je déballais mon dernier achat ,un manteau couleur de suie , " tu devrais mettre là dessus un truc qui tranche , une couleur gaie " .Alors" pour égayer " , je me suis offert une écharpe de mousseline .Violette .
Cette année là , j'ai passé l'hiver en noir et violet .Mon mari n'a rien remarqué ; moi non plus il est vrai .Je portais son deuil , et je ne le savais pas : il regardait ailleurs et je ne me regardais pas ....

.....Quand j'ai connu Francis ....je venais de perdre mes lunettes .Je ne l'ai pas vu avec les yeux de l'amour , je l'ai vu avec des yeux de myope .
Le résultat fut le même : je l'embellis ...
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....Jusqu'à dix ou douze ans , je fus le souffre douleur des cours de "récré" , la "loucheuse "qu'on est trop heureux de rejeter , d'ecarter des confidences et des jeux , parce qu'elle n'a pas "le regard franc "......"inopérable" avait- on dit à ma mère dans les hôpitaux où elle m'avait traînée .Puis d'un coup le miracle , la myopie , ce voile merveilleux qui tombe entre le monde et moi , efface les choses et les gens , les bons comme les méchants , et leur cache mes tares puisque mes yeux retrouvent un parallélisme apparent .Apparent seulement ....

....Je partage tout :le mari,  la maison , les meubles ! Mes fils ,  non ! je ne partage pas ! elle ne va pas me voler tout ce qui m'aime , tout ce que j'aime , tout ce que j'ai! pas mes enfants ! elle a toujours voulu me les prendre , il a toujours voulu les lui donner ! ....l'amour que mes enfants me portaient , il cherchait sans cesse à le détourner vers elle .Moi qui n'ai été unique pour personne - ni pour mes parents , ni pour mes amis , ni pour mon mari -j'esperais l'être pour mes fils .On peut avoir plusieurs femmes , plusieurs enfants ,mais on n'a qu'une mère .Mes fils ne me compareraient pas ; " entre les deux " leur  coeur ne balancerait pas .De cette dernière illusion , il a fallu qu'on me prive aussi !Que mon mari , mon amant , mon frère , m'en dépouille !Qu'il m'humilie , me mette à nu , me jette à genoux ! lorsque je l'implorais de ne pas mêler nos enfants à ses amours , de respecter la tendresse qu'ils avaient pour nous deux ...lorsque je luttais  enfin ( mais comme la chèvre de monsieur Seguin qui sait qu'elle périra au matin ) il haussait les épaules : " que les garçons rencontrent Laure , rien ne me paraît plus naturel ! où est le problème ?"
Le problème ,c'est que je suis un animal moi ! je suis une sauvage , une cannibale ! si mes petits portent sur eux l'odeur d'une autre , si elle les marque de son empreinte , je ne les reconnaîtrai plus pour miens ..."

 

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