il y a des livres qui vous séduisent d'emblée , dès la couverture  ....et d'autres qu'on découvre seulement au fil des pages ....
C'est le cas d'un livre que j' ai emprunté dernièrement à la bibliothèque , et qui est catalogué "coup de coeur " .

Les bénévoles de la bibliothèques de notre bourg (composé de 4 communes mais ça c'est une autre histoire ...)ont l'affection envahissante et décorent les livres qu'elles ont aimés de deux coeurs tellement imposants qu'ils en cachent le titre ....mais exposés à l'entrée ,on ne peut pas les rater .
Évidemment nous n'avons pas tous les mêmes  goûts , mais ,avec le temps ,on apprend à connaître ceux qui sont à peu près sur la même longueur d'ondes que nous .
Le livre de Marie Sabine Roger "Vivement l'avenir" me semblait donc faire partie de ceux que je pouvais emprunter en confiance.
Cependant ,après quelques pages , je l'ai refermé avec le sentiment accablant d'être encore en face d'un de ses bouquins "destroy"(vulgarité /sexe / alcool /drogue ...)jugés  comme absolument "représentatifs de notre société ....pourrie ",cela va de soi !
..un de ces livres qu'on referme en se disant : c'etait quoi l'histoire , au fait ?euh ?? il y avait un chien , je crois ...il me semble qu'il disparaît puis réapparaît ....
... malgré son âge , il semble que le " nouveau roman "n'ait pas fini de faire des petits , de plus en plus dégénérés...d'ailleurs ...et cela va également de soi ....


Bref , "Vivement l'avenir "me semblait donc vulgaire et sans intérêt et je l'ai ramené à la bibliothèque dès que j'en ai eu l'occasion ....mais .... je suis repartie avec lui  .

Heureusement car c'est vraiment un super bouquin !

Drôle,  touchant ,et bien plus profond qu'il n'en a l'air du premier abord .

Il y a deux copains : Olivier dit Le Mérou , et Cédric , qui ont quitté l'ecole depuis plusieurs années , mais passent leur journée toujours au même endroit sur une des rives d'un canal sans âme ...

Il y a Alex , jeune femme de 30 ans qui a l'habitude de parcourir le monde à coup de petits boulots ... et qui s'etant posée pour un temps dans la region ,  vient parfois se promener sur l'autre rive du canal .
Il y a Gerard dit Roswell , handicapé profond qui vit avec son frère et la femme de celui ci , depuis environ 3 ans ...

Les choses auraient pu continuer ainsi dans un train train insipide et morbide , si le hasard n'avait pas  rapproché ....les deux rives du canal .

Enfin un livre , certes ,sur la  désespérance ... mais qui  finit cependant par déboucher sur autre chose ...
J'ai pensé au livre( et à la méthode )de Viktor Frankl :
"Donner un sens à sa vie "

 

*****

"Au deux tiers du trajet , on s’est arrêtés dans une station service .J’en ai profité pour aller remplir une bouteille d’eau dans les toilettes , et vider ma vessie tant que j’y étais et je suis revenue vers le side .
Un gros berger allemand agressif , entravé , aboyait en montrant les dents et en tirant comme un forcené sur sa chaîne , pendant que Cédric faisait le plein . C’était après nous qu’il en avait , ce chien , on le voyait bien .Il ne devait pas aimer les side cars .
Tout à coup , comme dans un film , l’anneau qui retenait la chaîne s’est descellé du mur , et le fauve a bondi ,les yeux fous , la gueule écumante .
J’ai vu Olivier se tétaniser sur sa selle , je me suis souvenue que Cédric m’avait parlé de sa phobie des chiens .Cédric tentait désespérément de raccrocher la pompe en inondant les siennes ; Olivier remontait ses genoux aussi haut que le lui permettait son  ventre , comme si ça pouvait mettre ses mollets à l’abri .Le pompiste violet  , au bord de l’apoplexie , courait vers nous en hurlant : « couché Gazoil ! couché «
Et moi je ne voyais plus que les bâches qu'on venait d’ouvrir en grand pour s’aérer un peu , et Roswell sans défense dans le baquet du side ;
Roswell qui , tout à coup , agitait un bras en appelant bien fort :
-    « Le sschien ? kk kk ! Ku viens le sschien  »
le berger médusé , a pilé sur ses pattes , puis il s’est jeté sur Roswell avec tellement d’élan qu'il est presque entré tout entier dans le panier .
 -Oh putain meeeerde ! a beuglé le pompiste .
Je l’ai vu retourner dans la station-service  au pas de course .
Je me suis précipitée .
Deux secondes plus tard , le pompiste ressortait avec une batte de base ball ? Cédric avait lâché la pompe .Olivier avait giclé de sa selle en vitesse et s’était éloigné de plusieurs mètres .Des automobilistes affolés se précipitaient déjà , tout en dégainant leurs portables pour appeler les secours,  ou prendre une photo souvenir , va savoir .
Et on a entendu la voix étouffée , mais tranquille de Roswell :
«  hésschantil –toi , hein ? hesschantil le sschien !

Le pompiste répétait : oh putain ! oh putain ! de moins en moins fort , d’une voix essoufflée , en se rapprochant de nous .Quand il a enfin découvert le tableau , il est resté là , près de moi,  bras ballants , sa batte de base-ball à la main .

Les curieux se taisaient tout à fait .Dans le side , le clébard poussait sa tête énorme contre la barbe noire et les cheveux en broussaille , en donnant des coups de langue frénétiques à Roswell , couvert de poils et de bave de chien .Ils se faisaient des mamours , des câlins , à ne plus savoir lequel des deux était en train de saliver sur l’autre .

Sur le parking , j’ai entendu des rires , et puis des applaudissement , et encore et encore .

Le pompiste a donné une casquette publicitaire à Roswell , qui mettait en valeur ses oreilles ,et convenait très bien à son genre de beauté , puis il est allé enfermer le chien .

On est reparti sous les vivats .

Le Mérou était fier de Roswell comme un nouveau papa .

Je me suis dit que les chiens n’ont pas d’à priori .

C’est toujours ça ."